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La culture du laid, tendance?

Avec la fin des défilés à l’international et avec toutes les photos de streetstyling qui en sont ressorties, une critique générale s’est fait sentir : mais qu’est-ce qui se passe avec la mode?

Habituellement, on sent une histoire, un thème et surtout une esthétique qui charme le spectateur. Pourtant, à force de regarder et d’analyser, mon constat est le même que celui de la plupart des gens : c’est laid ! Et je ne parle pas juste de vêtements qui sont mal conçus ou mal ajustés, je parle d’une direction artistique réfléchie et complètement assumée.
 
Qu’est-ce qui est considéré comme beau et qu’est-ce qui est laid?

C’est une question qui ne pourra jamais être résolue. C’est aussi une question qui soulèvera les passions parce que tout le monde a son opinion sur le sujet. Le tout devient personnel, voire même intime. Ah le sujet tabou!

Dans le milieu de la mode, on appelle cette tendance la « mode moche » ou « ugly chic », ces noms font référence aux vêtements ou aux accessoires utilitaires qui deviennent de véritables articles de mode et qui n'ont rien d’attrayant. Ce phénomène arrive directement des designers, stylistes et des influenceurs.

Les items iconiques

C’est en 1978 qu’un surfeur australien du nom de Brian Smith introduit la botte UGG (diminutif gentil d'ugly) au monde des planchistes. Une botte qui n’a aucune forme ou silhouette vraiment définie sauf celle d’être ultra-confortable. Oprah en parle à la télé et Sarah Jessica Parker en porte, ce fut un succès commercial instantané. Je pourrais rajouter les Birkenstock, les chandails de loups ou même les si populaires Ugly Christmas sweaters.
 
Sur les passerelles

Plus près de nous dans le temps, je vous parle de la dernière collection de Gucci. Oh sacrilège ! J’ose pointer du doigt le Saint Graal de la mode! Mais si on observe la collection croisière 2018, j’ai beau essayer avec toute ma persévérance et mon ouverture d’esprit, je ne comprends pas l’idée. FAUX, je le comprends, mais suis-je obligé de l’accepter? On dirait que tout ce qui n’avait pas pu être repris avait été mis dans un mélangeur et distribué de façon égale sur chaque tenue.
 
Il y a deux grands courants ou groupes de gens qui ont fortement contribué à cet essor, les Normcores et les Hipsters. Le Normocore se veut une identité sans marque et la plus simpliste possible. C’est l'attitude anti-mode qui, ironiquement, est devenue à la mode il y a environ trois ans. Quant aux Hipsters, ils ont un besoin extrême de se détacher du lot en affichant une nostalgie d’une autre époque qui, pour la plupart, n’ont jamais vécue.
 
Donc on se retrouve avec des coupes et des vêtements très peu flatteurs, des chaussures sans vraiment de formes et un stylisme surfait, il y a une abondance infinie d’agencements, de motifs et de textures.
 
Est-ce que la laideur est subjective ?

La réponse est assurément oui, car la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Mais le Ugly chic n’est pas nécessairement encore un courant prédominant, pour la simple et unique raison que ce n’est pas ce que tout le monde porte. La conversation entre la mode, la beauté et la laideur a toujours existé, mais c’est la première fois, selon moi, que nous vivons dans une culture ou tant de personnes participent à sa diffusion.

Les Bobos (Bourgeois bohèmes) ont été longtemps synonymes de bon-goût avant-gardiste. Toutefois, quand tout le monde adopte une mode, ce n’est plus unique.

Alors vient leur contre-courant dans les Bomos (Bourgeois moches). Ceux-ci remettent au goût du jour le concept de « plus c’est kitsch, plus c’est supposé être beau ».
  
Lorsqu’une nouvelle tendance se manifeste, les gens la détestent, mais, au final, après quelque temps, elle se fait adopter. Avec Internet, les cycles arrivent plus rapidement. Même moi j’aime avoir un style et une expression unique. Si je ne veux pas ressembler à tout le monde, je me dois d’avoir mon identité et je pige souvent dans le hors-norme, mais à différents niveaux et à différents degrés.

Ça revient aussi à dire : chacun pour soi !