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J'ai sauté 29 étages dans le vide avec Fais-Un-Voeu

Crédit photo : Charles-Édouard Carrier
J'ai sauté 29 étages dans le vide avec Fais-Un-Voeu
Pour amasser des fonds : descendre les 29 étages du 700 de la Gauchetière au centre-ville de Montréal. C'est le défi qu'a choisie Fais-un-voeu, un organisme qui réalise les rêves d'enfants dont la santé est compromise. J'ai eu la « chance » de passer le test d'Au fil de l'espoir et de me laisser aller le long des 400 pieds de cordes qui font le pont entre le ciel et le béton de la ville.
 
Quand t'es rédacteur, tu reçois toutes sortes d'invitations pour des évènements. Des lancements, des premières et des vernissages, des soirées de fête. Et une fois de temps en temps, tu reçois une communication qui te fait tomber en bas de ta chaise. Comme celle-là : descendre en rappel la paroi haute de 128 mètres d'un building dans le centre-ville. Really?

Crédit : Charles-Édouard Carrier
 
Dire oui ou non?
Sur le coup, c'est non. Puis je pense à Guillaume Lemay-Thivierge. C'est le genre de truc qu'il doit faire les yeux fermés, en train de pratiquer ses répliques pour des pubs de voiture. Mais il n'y a certainement pas que le chum d'Émilie Bégin qui est capable de relever ce genre de challenge-là. Je dis oui, même si je n’ai jamais fait d'escalade, sauf une fois au chalet.
 
La jouer cool
On est la veille, je me couche en espérant une pluie torrentielle pour le lendemain, du genre capable d'annuler un évènement de descente en rappel. Gravel le matin et son équipe me confirment que ça restera sec toute la journée. J'hésite. Je pense à Guillaume. Pas le choix. 
 
J'arrive sur place beaucoup trop confiant et cachant mal mon stress, échappant sept fois mon crayon en signant les multiples formulaires de décharge. Puis je lève la tête vers le haut et j'ai un haut-le-coeur qui me rappelle vaguement une certaine tournée de shooters, le soir de mes trente ans. 
 
Aucunement rassuré, ni par le fait qu'un secouriste est sur place ni par le fait qu'ils seront deux techniciens à tenir ma vie au bout du fil, je suis à deux doigts de m'inventer un ami en détresse qui m'appelle pour me demander de l'aide et lever les feutres. 

Crédit : Charles-Édouard Carrier
Crédit : Charles-Édouard Carrier
 
Le vrai héros, c'est lui
C'est là que je rencontre Jonathan Émond, 22 ans, qui se prépare à faire la descente lui aussi. Un gars avec une énergie tellement positive que Gregory Charles aurait l'air triste à côté de lui. Un gars stoked d'être là. Stoked d'être en vie. Malformation des reins à la naissance. Insuffisance rénale. Greffe de rein à l'âge de 13 ans, cadeau de son père. Fais-un-Voeu a réalisé son big dream : jouer dans un film américain. C'est à ce genre de chose là que servent les dons qu'amasse l'organisme. Changer la vie d'enfants malades, un rêve à la fois. Parce que la santé, ça ne s'offre pas, on compense en réalisant leur deuxième plus grand rêve.
 
On monte dans l'ascenseur, il me raconte qu'avec Fais-un-voeu, il s'est rendu à Chicago pour faire de la figuration dans Transformer 3 – Age of extinction. Sur le plateau, on décide de le faire dire une phrase : « Come on guys, let's get to my house before anyone sees us ». On arrive au 29e étage.  Jonathan, son ami Spencer et moi, sur le toit. On regarde la ville de haut. Je suis aussi grand que la Tour de la bourse. Je n'ai plus peur. Jonathan, avec sa drive contagieuse, m'a complètement fait oublier à quel point je me prépare à repousser mes limites.
 
Affronter le vide
Équipement. Formation sommaire. High-five. BOOM. Je suis sur la plateforme. Les talons dans le vide, on me dit de me laisser aller vers l'arrière, la corde et ma main droite feront le travail, Jonathan et Spencer me crient « Ya bro!! », et ça y est. Je regarde à gauche, à droite, en bas, les voitures sont minuscules, je marche à reculons sur une paroi de verre, à 128, 127, 126, 125 mètres.  Je suis dos au sol. Je ne vois pas où je vais. J'avance à contresens et c'est l'inconnu derrière.

Crédit : Charles-Édouard Carrier
Crédit : Charles-Édouard Carrier
 
La jouer cool (bis)
Je camoufle du mieux que je peux un instant de panique derrière un « It's all good » que je crie, motivé par de l'orgueil mal placé, à l'équipe technique qui me demande comment ça se passe après qu'une bourrasque à faire gonfler la grande voile m'ait fait décoller du mur.
 
En skinny jeans, j'essaie de rester élégant tout en pédalant dans le vide, histoire de conserver mon swag suspendu devant la fenêtre du bureau de l'agente administrative du 24e étage qui doit décoder la peur de toute une vie dans mes grands yeux ronds, ma gueule ouverte et mon cou crispé.

Crédit: Fais-un-Voeu Québec
Source : Fais-un-Voeu
 
Puis, sans trop savoir comment ni pourquoi, j'arrive graduellement à me détendre. Je ne peux pas m'empêcher de laisser aller deux ou trois petits « Wohooo », discrets, gênés, alors qu'il n'y a que moi et le micro de ma GoPro pour les entendre. Étage après étage, je prends le temps de regarder autour de moi et profiter de ce point de vue surréaliste que j'ai sur la ville.
 
Le défi, l'épreuve et... la maladie
Ce qui m'apparaissait comme insurmontable il y a trente minutes s'est transformé en quelque chose d'apaisant et franchement enivrant. J'ai presque dit non, j'ai presque abandonné. J'y suis allé. Et j'ai gagné.
 
C'est gênant de faire un parallèle entre la peur et l'angoisse que j'ai vécue avant de reculer les mes premiers pas vers le vide et celles que vivent des enfants et parents à qui ont force un plongeon dans la maladie. Un quart de seconde, j'ai senti le néant sous mes pieds, avant d'être assuré que la corde allait me retenir. Mais la maladie, c'est un saut dans le vide tout court. Et pour des filles et des gars comme Jonathan, l'espoir c'est le seul bout de corde sur lequel ils peuvent compter. 

Spencer, moi, Jonathan
Source : Fais-un-Voeu
 
Je me demandais pourquoi un organisme comme Fais-un-Voeu avait choisi la descente d'un édifice, en rappel, comme moyen d'amasser de l'argent. C'est sans doute parce que c'est une des plus belles métaphores qui puisse exister entre le défi, l'épreuve et la maladie. 
 
Faire un don
Cette année, près de 150 000$ ont été amassés pendant cette activité unique. Vous avez envie de relever le défi l'an prochain? Visitez le site web pour ne rien manquer des prochaines activités. On s'inscrit en ligne à www.FaisUnVoeuQc.ca. Les personnes inscrites doivent recueillir au moins 1500$. On peut participer à titre individuel ou en équipe. 
 
Pas game d'essayer...