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«Les volcans sentent la coconut», une poétique leçon de résilience

Crédit photo : Valérie Thimot-Morin
«Les volcans sentent la coconut», une poétique leçon de résilience
Je sais pas si vous connaissez l’expression anglophone : «When life gives you lemons, make lemonade»?

La vie, c’est pas des citrons qu’elle a donné à Jean-Christophe Réhel.

C’est 67 injections de magma en fusion direct dans les yeux, 11 coups de gourdin droit dans les balls et une orange pour Noël. Une fois à terre, la vie lui a pissé dessus.

Pour toute réplique, Réhel s’est relevé, a souri, puis écrit deux livres (dont le roman Le centre 312 à 17 ans), un recueil de nouvelles et deux recueils de poèmes.

L’auteur de 27 ans est atteint de fibrose kystique, une maladie qui provoque l’accumulation de mucus dans les voies respiratoires, entre autres. Lisez là toux, lésions bronchiques crachats, difficultés respiratoires, kystes aux poumons...

«Techniquement, à moins d’une cause qui n’est pas naturelle, disons, je vais mourir avant toi», m’a dit Réhel quand je l’ai rencontré dans son patelin de Repentigny. L’étroite prise en charge de la maladie permet aujourd’hui d’établir le pronostic d’espérance de vie à près de 50 ans.

«T’en ris. Si t’en ris pas, tu vas trouver le temps long. Tu vas te demander pourquoi t’es en vie. Je m’adapte à ce qu’on m’a donné. C’est la résilience, qu’on appelle.»

De la poésie. Wtf.
 
Crédit : Olivier L. Gariépy
Source : Facebook 
Les volcans sentent la coconut
 
Après Bleu sexe les gorilles, la plus récente œuvre de poésie de Réhel s’intitule Les volcans sentent la coconut. Le recueil sera distribué par Socadis et paraîtra sous la bannière de l’éditeur Del Busso dans les librairies le vendredi 2 septembre prochain. Un party de lancement a lieu la veille au Quai des brumes de Montréal, coin Saint-Denis et Mont-Royal.

Je vois l’expression sur votre visage en écrivant ces lignes.

Laissez-moi vous montrer un des poèmes des Volcans.

il y a
un merle dans ma cuillère
mais c’est insuffisant
l’anémie me donne une soupe pas mangeable
regarde le tarif de stationnement
pour mieux tomber malade

0 à 15 minutes : 0 $
16 à 20 minutes : 3,75 $
21 à 40 minutes : 7,50 $
41 à 60 minutes : 11 $
61 à 90 minutes : 15 $
91 à 12 heures : 21 $
Semaine : 100 $
Mois : 250 $


Ça choque, hein? Je ne sais pas pour vous, mais je tombe pas mal plus en bas de ma chaise à lire ça que les inspirational quotes que certains vomissent à tort et à travers sur Facebook sur un fond impersonnel de fleurs ou de couples qui se frenchent devant un coucher de soleil, quand ils viennent de se chicaner avec leur chum ou leur blonde.

Source : J'ai envie de l'omettre, mais en tout cas...

«J’en ai viré une criss cette année. J’ai été victime d’une sévère crise d’anémie. J’ai un cathéter pluggé dans le bras en ce moment. Je suis en fin de traitement, m’explique Réhel en toussant et en pointant l’intérieur de son coude. En mars dernier, je crachais des bols de sang chaque nuit. Je suis resté à l’hôpital pendant huit jours. Mon état coûte cher aux gens qui m’entourent. Par chance, j’ai une bonne blonde et une bonne famille.

«J’ai eu peur. Est-ce que c’est le cancer, tabarnak, en plus de la fibrose? J’ai passé une biopsie de la moelle osseuse. Je suis passé à un cheveu d’une transfusion de sang. Pour une raison quelconque, mon taux d’hémoglobine a fini par remonter. Les médecins ne savent pas pourquoi : ils m’ont dit que c’est une idiopathie, le terme cute pour dire qu’ils savent fuck all. Mais avec la fibrose kystique, je cours toutes sortes de risques à cause de mon système immunitaire faible.»

L'inanimé s'anime

La maladie, c’est un des thèmes que vous retrouverez dans Les volcans sentent la coconut, mais Réhel aborde un peu de tout, sans réinventer la roue : l’amour, les difficultés de la vie, les scènes anodines de tous les jours…

L’auteur privilégie la prose - «J’aime pas les rimes», me dit-il – et s’efforce de fournir au lecteur un punch dans chaque poème. Ainsi, Les volcans ont une chance d’abattre les barrières de vos préjugés. À condition que vous fassiez preuve d’ouverture d’esprit, bien sûr.
Source : Facebook Jean-Christophe Réhel

«Mes chums me demandent toujours : "Man, pourquoi t’écris pas un bon roman? Tsé, la poésie, quessé ça…" C’est juste plus fort que moi. Ça peut être sur une napkin au restaurant, chez moi, n’importe où», s’excuse presque Réhel.

«Mais si tu te laisses bercer par la musique, tu peux aussi te laisser aller dans un poème. En lisant Les volcans, oui, c’est un poème par page, mais tu as l’impression que tout se suit, que la boucle est bouclée quand tu finis le recueil. Je veux que le lecteur garde des images dans sa tête.

«Je fais de l’anthropomorphisme, c’est-à-dire que j’aime transposer des sentiments dans des objets, des animaux, des choses pour les faire vivre. J’aime faire parler un chien, j’aime qu’un chat me dise qu’il veut une autre bière.»


Faire tomber les préjugés

L'éditeur Del Busso croit fermement au projet des Volcans sentent la coconut. Cette expérience de poésie est la première de l’existence de cet éditeur. Au fond, tout est une question de perception de l’art. Apprécier la poésie, ce n’est pas pire qu’affectionner le death métal ou connaître tous les joueurs des Canadiens de Montréal par cœur, quand on y pense.

«Le lecteur peut tomber sur le cul vraiment vite, mais il faut de la curiosité; encore faut-il le lire, le poème, s’échauffe Réhel. Ce qui est capoté avec la poésie, c’est que c’est tellement universel.

«Quand tu lis du Rimbaud, tu absorbes quelque chose qui date de 1873, mais c’est comme s’il était devant nous en train de lire avec une Bleue Dry. Tu lis ça et tu te dis, tabarnak, comment il a pu écrire ça? Ça te parle et tu n’es même pas dans le même siècle. Ce n’est pas si loin de toi, dans le fond. Un poème, ça effraie beaucoup de monde seulement par l’image que ça dégage.»

J’espère que tu vas vivre un siècle de plus que moi, Jean-Christophe. Tu le mérites plus.