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Une nouvelle forme d’itinérance, ces Japonais qui habitent les cybers cafés

Crédit photo : Shiho Fukada
Une nouvelle forme d’itinérance, ces Japonais qui habitent les cybers cafés
L’inépuisable et fabuleuse source qu’est la plateforme de contenu vidéo Vimeo nous offre un nouveau documentaire présentant une classe à part, mais grandissante depuis les années 2000, de la société japonaise. Réalisé par Shiho Fukada, « Japan’s disposable : Net Cafe Refugees »  dresse le portrait de cette catégorie de Japonais travaillant sous contrats temporaires, et plus que précaires, qui s’est réfugiée dans les cybers café. La majorité des personnes interrogées sont des hommes et ont un emploi parfois à temps complet, mais leurs salaires ne suffisent pas à payer les loyers exorbitants du Japon. L'exemple de Tadayuki, qui occupait un poste dans une institution bancaire, nous a particulièrement touché :  il s'est vu forcé de démissionner après vingt ans d'ancienneté et une dépression, avalé par le modèle social japonais.

Un documentaire qui remet en perspective la notion de promiscuité : les fameuses capsules habitables censées dépanner les travailleurs et autres fêtards des banlieues lointaines de la ville sont visiblement devenues un luxe que les plus pauvres ne peuvent même pas se payer. Au Japon, les conditions sur le marché du travail ne permettent pas aux travailleurs temporaires, qui représentent 38% de la population salariée, de s’en sortir. De plus, le système n’offre pas l’opportunité d’évoluer dans les milieux professionnels et bien souvent, ce type d'emploi est la porte d'entrée vers la pauvreté, comme en témoigne Makoto Kawazoe, représentant de l’Union des jeunes travailleurs :

«Les refugiés des cyber cafés sont apparus vers la fin des années 1990 et le phénomène s'est renforcé dans les années 2000. Au Japon, 38% des travailleurs sont des travailleurs temporaires, la plupart de ces travailleurs ont des contrats de très courte durée et gagnent moins que des travailleurs à temps partiel. Cette situation les envoie droit vers la pauvreté et beaucoup n'ont même pas accès aux minimas sociaux.»

Datant du début des années 2000, le phénomène s’amplifie et les chiffres, datant de 2007, comptabilisaient plus de 5 400 réfugiés des cybers cafés.

On dresse donc dans ce documentaire une série de portraits touchants de jeunes et de moins jeunes travailleurs. On en apprend beaucoup sur les conditions de travail et sur certaines problématiqus sociales spécifiques au Japon (espaces restreints, tabac, dépression), ce qui nous aide à comprendre certains chiffres, notamment concernant le taux de suicide, qui est l'un des plus élevés au monde.