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Bar ou brèche spatio-temporelle? Le Newspeak expliqué par son co-propriétaire, Lucas Jacques

Crédit photo : Bruno Guérin
Bar ou brèche spatio-temporelle? Le Newspeak expliqué par son co-propriétaire, Lucas Jacques
Quand j’annonce à Lucas Jacques, co-propriétaire du tout nouveau Newspeak et l’un des fondateurs des Samouraïs des jungles urbaines (SJU), que je lui poserai quelques questions sur son parcours personnel et sur son rôle à la tête de SJU, il me fait savoir que ces questions ne l’intéressent pas. Pourtant, depuis 2009, il est ce promoteur qui a organisé notamment les shows de Moderat, Jimmy Edgar, Bonobo, et de dizaines d’autres artistes de renom. Pas un mot, donc, sur comment, dans sa jeune vingtaine, il a réussi à s’établir aussi sérieusement dans l’univers du nightlife montréalais? Eh non!

C’est que Lucas, à l’image du Newspeak, mise avant tout sur le contenu musical, plus que sur le «fla fla» qui l’entoure. Discret, souvent vêtu de couleurs sombres, il fitte parfaitement dans l’atmosphère mystérieuse que compte offrir la salle qui ouvre dès ce weekend, avec comme têtes d’affiche Ben Pearce, Wankelmut, et un showcase du label Soulection mettant en vedette ESTA., IAMNOBODI et Jay Prince.

Au fait, je parle de «salle» mais quelle étiquette, s’il en est une, convient réellement au Newspeak? Et à quoi peut s’attendre la future crowd de ce qu’on qualifie déjà de temple de la musique électronique? Autant de questions auxquelles Lucas a accepté de répondre.
Crédit: Bruno Guérin 

Qu’est-ce qui amène un promoteur comme SJU, qui produit des events partout à travers la ville, à vouloir se settle down et ouvrir une salle comme le Newspeak?
Ça fait vraiment longtemps qu’un projet de salle de spectacle nous trotte dans la tête et déjà un certain moment qu’on attendait une opportunité à agripper. Depuis plusieurs années, on doit dealer avec les incertitudes et les règles des autres établissements, tout en devant nous adapter à leur vibe. Le Newspeak nous permettra de nous exprimer dans notre entièreté à travers les spectacles et les artistes que nous produisons.
 
Par contre, ça ne laisse aucune place à l’erreur… On s’est vite rendu compte que c’est loin d’être un projet facile à réaliser (big up aux venues et aux bar owners de Montréal, shit is not easy) et que de multiples compromis doivent tout de même être faits avec d’autres instances. Rien n’est parfait, mais nous croyons avoir réussi à produire quelque chose qu’on considère fidèle à notre vision. Nous avons la forte conviction que le Newspeak est une salle qui va évoluer à nos côtés et qui va s’établir dans la communauté.

Parlant du Newspeak, comment le décrirais-tu? Un bar? Une salle de spectacle? Un club? Une brèche spatio-temporelle?
T’as vraiment mis le doigt dessus avec une brèche spatio-temporelle [rires]. On veut essayer de briser cette catégorisation. Dans les faits, nous restons une salle de spectacle, mais ce que nous voulons honnêtement et simplement offrir est une sorte d’échappatoire aux responsabilités sociales, un lieu qui n’est pas seulement dépendant du consumérisme et des trends, un lieu où tu pourras, hopefully, te laisser aller avec d’autres êtres humains (tant et aussi longtemps que c’est dans le respect d’autrui)!
Crédit: Bruno Guérin 
 
Le nom « Newspeak » vient directement du roman 1984 de George Orwell… Cet univers vous a-t-il inspiré au-delà du nom de votre salle?
Ayant été un adolescent avec un teen angst assez important, l’univers dystopique m’a toujours attiré. Je le considère comme une caricature sociale très pertinente. Le Newspeak est en fait un langage imposé par un état totalitaire pour contraindre la liberté d’expression des citoyens et citoyennes. Nous utilisons le terme de manière extrêmement ironique puisque ce qu’on essaie de présenter est plutôt un environnement propice à la créativité, tout le contraire de ce qu’impose le Newspeak.
Crédit: Bruno Guérin 

Qui sont vos partenaires dans cette aventure et quel rôle jouent-ils?
Nos partners sont Nicolas Hamel (Mme Lee, Ping Pong Club, Boutique Oxford & Maison Montures), Calvin Suggitt (Mme Lee & Ping Pong Club) et Tamir Schlanger (WRC Mgmt & L’Gros Luxe). On est vraiment contents de s’associer à de vraiment bons amis qui travaillent fort, s’impliquent émotionnellement et apportent une expertise que nous ne possédons pas au projet. Le Newspeak est un projet qui découle entièrement de ce partenariat et qui aurait été impossible à réaliser seul.

À quoi peut-on s’attendre pour le weekend d’ouverture les 26, 27 et 28 mars prochains?
Un désordre, dans les bons et mauvais sens du terme.

Crédit: Bruno Guérin 
Vous avez booké des dizaines et des dizaines d’artistes depuis toutes ces années, mais il doit bien en manquer quelques-uns sur votre bucket list… Quel(s) artiste(s) aimeriez-vous inviter pour une première fois au Newspeak?
On est vraiment contents d’avoir eu la chance et l’opportunité d’établir des relations avec des artistes que nous respectons énormément depuis longtemps et beaucoup de ceux-ci vont passer faire un tour au Newspeak. Par contre, pour une première fois au Newspeak… si j’ai le droit de rêver à l’impossible: Jai Paul.

Pour finir, comment décrirais-tu Montréal en trois mots?
Veuve, Courageuse & Maison

Quelles sont les trois adresses que tu recommanderais à Montréal?
Le Théâtre Fairmount (nos amis de chez I Love Neon ont vraiment fait du beau boulot!), l’Aquadôme de LaSalle, et surtout, shout-out à Ma Poule Mouillée qui nous garde gras et fort en cet hiver interminable…

[NDLR: S/O à cette réponse pour avoir ravivé mes souvenirs de fêtes d'enfants passées à tripper dans les glissades de l'Aquadôme de LaSalle]

Ton Barbier vise notamment à faire découvrir des nouveaux sons à nos lecteurs. Quelle toune / album / artiste écoutes-tu sans cesse ces temps-ci en grosse période de rush pré-ouverture?
Le nouvel album Dark Red de Shlohmo est vraiment très bon!

Le Newspeak ouvre ses portes ce jeudi 26 mars avec Ben Pearce, Tessela, EGYPTRIXX, Buck Smith, et plus encore! C’est gratuit avant 22h. Pour tous les détails, joignez l’événement. On se voit là-bas!